Lecture durant une messe célébrée par le Pape François en la Basilique Saint-Pierre

par Isabelle Parmentier, théologienne, membre de la pastorale des familles du diocèse de Poitiers

L’ouverture aux femmes de certains ministères constitue-t-elle une avancée ?

Dans un motu proprio intitulé Spiritus Domini (L’esprit du Seigneur) et publié lundi 11 janvier, le pape François a ouvert à tous les baptisés les ministères permanents de lecteur et d’acolyte, jusque-là réservés aux hommes. Dans de nombreux pays, pourtant, des femmes remplissaient déjà ces rôles.

Quand cette annonce est tombée, lundi 11 janvier, mon premier réflexe a été de sourire. Je ne savais pas si je devais dire « enfin » ou « trop tard »… Car nous n’avons pas attendu ce motu proprio ! Dans toute la France, les laïcs sont en première ligne pour les célébrations, en particulier les femmes, et notamment pour les obsèques. Quant au « droit », pour des femmes, de venir autour de l’autel, nous l’avons pris toutes seules : depuis longtemps, des femmes donnent l’Eucharistie ou animent les chants.

Mais dans un second temps, j’ai reconnu là un geste qui a son importance. Si François le fait, ce n’est pas pour rien ! Je ressens une immense reconnaissance pour ce pape qui avance pas à pas pour éviter toute déchirure au sein de l’Église. Je ne suis plus impatiente. Même s’il n’y a aucune nouveauté, ce motu proprio sonne comme une confirmation. Ce sera surtout une contrainte pour certains prêtres et évêques, comme ceux qui interdisent encore aux petites filles d’être enfants servants d’autel. Pour eux, oui, ce geste est important, et il est important qu’il soit canonique : cela lui donne une légitimité.

Ce motu proprio me pose tout de même quelques questions : tout d’abord, je regrette cette insistance sur la stabilité. Quel laïc acceptera une « charge stable » jusqu’à la fin de sa vie ? On vieillit, on change : cette exigence me semble en décalage avec notre expérience. D’autant plus que dans l’Église, les missions sont souvent stables dans un temps limité. Plus largement, je me demande si le mot « ministère » a beaucoup d’avenir pour les laïcs. Je lui préfère le mot « charisme », qui part de la personne, puisque c’est la reconnaissance des dons que l’Esprit Saint lui fait en vue du bien commun. Le ministère part plutôt de l’Église, qui cherche des personnes pour remplir tel ou tel service… Je plaide pour la reconnaissance institutionnalisée des charismes mis au service de la communauté. Cela passerait notamment, pour les catéchistes ou les laïcs en mission ecclésiale, par la célébration liturgique de l’envoi en mission. Cela a été le cas à l’époque de Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers de 1993 à 2015, qui avait des intuitions prophétiques sur la responsabilité des laïcs baptisés.

Un prochain pas serait l’autorisation pour les laïcs de préparer et prononcer des homélies. Avec deux hommes, je le fais déjà au sein de ma paroisse de Poitiers, à la demande de mon curé et avec l’accord de notre archevêque, Mgr Pascal Wintzer.

Ce motu proprio, c’est l’arbre qui cache la forêt. Il faut évidemment aller plus loin : tout l’enjeu, désormais, c’est d’«associer les femmes pour penser l’Église autrement», comme le dit bien la théologienne Anne-Marie Pelletier. Or cela ne viendra pas par décret !

J’attends moins de gestes de l’Église institutionnelle que d’audace de la part des femmes pour tenir toute leur place dans l’Église, et parler tout haut.

 

Recueilli par Mélinée Le Priol
La Croix, jeudi 14 janvier 2021